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  • Zouaoui Benhamadi : «l'Arav est une autorité indépendante»
    Zouaoui Benhamadi : «l'Arav est une autorité indépendante»
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Le présent document se propose de rendre compte de la phase exploratoire d’écoute et d’échange menée par l’ARAV en coordination avec ses partenaires officiels, le Haut Conseil Islamique, le Ministère des Affaires Religieuses, ainsi qu’un certain nombre de personnalités et d’experts concernés par ce secteur : théologiens, sociologues, psychologues, juristes, spécialistes des médias, imams, prédicateurs.

A ce stade d’analyse et dans l’attente de son approfondissement, l’ARAV juge utile et nécessaire de communiquer le résultat de son travail, afin de partager avec l’ensemble des acteurs médiatiques sa vision proactive concernant ce sujet hautement sensible, et ce dans la perspective de lancer une nouvelle dynamique pour une meilleure prise en charge de la question religieuse par les chaînes de télévision et de radio, tant privées que publiques.

Ces observations nous semblent d’autant plus opportunes que notre pays s’apprête à vivre de nouvelles élections législatives où la religion se doit d’être à l’abri de toute tentative d’instrumentalisation.

Dans l’ensemble, l’ARAV mesure positivement une certaine amélioration à ce niveau. Bien qu’encore timide et hésitant, ce progrès enregistré demeure estimable, et doit en ce sens être respecté et encouragé. Consciente qu’il faille faire preuve de patience et de persévérance, l’ARAV se rend disponible auprès de ses partenaires médiatiques, en vue d’une optimisation des programmes à caractère religieux, tant en termes de suivi que d’accompagnement et ce dans la mesure de ses moyens et de ses compétences.

Le premier constat qui en ressort nous impose, comme à d’autres institutions, un impératif moral quant à notre responsabilité collective, c’est-à-dire l’ARAV ainsi que ses partenaires médiatiques, de protéger, sauvegarder et valoriser, ensemble, notre identité nationale façonnée au cours des siècles par l’islam, au point que le tempérament de l’individu algérien en est profondément pénétré dans ses repères étiques et son atmosphère psychologique incluant son mode de vie, son système de représentation, ses réflexes, ses us et coutumes.

Or, le caractère sacré et inviolable de notre patrimoine spirituel ancestral se trouve être consigné dans la Constitution en termes on ne peut plus clairs et précis : " … La diffusion des informations, des idées, des images et des opinions en toute liberté est garantie dans le cadre de la loi et du respect des constantes et des valeurs religieuses, morales et culturelles de la nation..." (Art. 50)

L’islam étant l’une de ses composantes fondamentales aux côtés de l’arabité et de l’amazighité dont l’Etat œuvre constamment à la promotion et au développement de chacune d’entres elles, tel que le stipule le préambule de la Constitution, il ne saurait être admis que la religion fasse l’objet de spéculation ou de manipulation médiatique à des fins politiques  ou partisanes.

Aussi, est-il légitime de défendre la foi de nos ancêtres qui nous a été léguée et transmise intégralement, de génération en génération, sans pour autant renier l’apport de la communauté de foi à laquelle nous appartenons ni nous désolidariser de l’ensemble de l’humanité dont nous faisons partie.

Si bien qu’avec le temps, nous espérons voir nos prêcheurs amenés spontanément à tenir un discours doctrinal en conformité avec les croyances locales et à faire preuve de non allégeance intellectuelle à des courants de pensée hostiles à la modernité, à la concorde civile ou à nos traditions ancestrales, y compris notre style vestimentaire et ce, grâce à la vigilance, l'attention et la loyauté de nos partenaires médiatiques dans lesquels l’ARAV s’estime être en droit de mettre toute sa confiance et tout son espoir. 

A ce titre, tout prédicateur porteur d’un discours excommunicateur est proscrit, de fait, des antennes nationales, qu’il soit algérien ou étranger. De même que les légions d’exorcistes, de conjurateurs, de mages, de sorciers, de devins, d’enchanteurs, de faux prophètes, de marchands de rêves et autres pseudo thérapeutes, et guérisseurs autoproclamés qui peuvent tous tomber,un jour ou l’autre, sous le coup de la loi en cas de manipulation mentale, d’abus ou de dérapage de tous genres, de telle sorte qu’ils finiront tous par être démasqués et mis hors d’état de nuire.

En clair, l’ARAV n’accepte pas que l’on puisse s’arroger le droit d’abrutir la société algérienne fut-ce par la religion. Libérer la foi du charlatanisme et de toutes sortes de fantasmagorie : tel est le sens de notre avis.Tout le monde s’accorde à penser à l’obligation d’observer ce code déontologique. Il s’agit là de l’apport escompté de la part de nos partenaires médiatiques qui, sans nul doute, partagent cette approche analytique avec l’ARAV. En effet, nous avons pu constater que la spiritualité est très souvent absente de nos programmes religieux, sans parler de la philosophie islamique quasiment inexistante sur nos plateaux télévisés, ce qui risque, à terme, de réduire la foi à de simples gestes et pratiques automatiques, dépourvus de sens.

Tout le monde sait que la jurisprudence n’est qu’une branche parmi d’autres dans la nomenclature des sciences religieuses. Elle ne peut en aucun cas prendre, à elle seule, le monopole du fait religieux dans sa globalité absolue. La religion ne saurait être réduite à un simple avis conjoncturel. Elle doit pouvoir s’ouvrir sur tous les aspects de la vie, de façon à ne pas laisser accaparer notre espace médiatique par un discours de désespoir, de fanatisme, d’extrémisme, de sectarisme, de haine, de violence, de délire, de déréliction, de ségrégation et de misogynie qui donne une image dégradante de la femme et porte atteinte à la dignité de la personne humaine, pourtant formellement consacrée par le Coran.

La spiritualité englobe la foi, l’art et la civilisation. Par conséquent, elle est censée aborder toutes les expressions de la culture islamique et des connaissances métaphysiques et ne peut se limiter aux seules questions rituelles comme il semblerait être le cas aujourd’hui. Quelle est la place de la pensée positive, de l’art de la méditation et de la mystique contemplative, à tous ces concepts coraniques susceptibles de contribuer à promouvoir le sens du bonheur en islam et asseoir les bases du développement personnel ?

Aussi, sommes-nous tenus de faire appel à des prédicateurs sulfureux souvent dépourvus de la moindre formation académique et ne maîtrisant même pas les techniques élémentaires de communication moderne ? Qu’est ce qui nous empêche de convier les islamologues, les académiciens et les chercheurs universitaires, afin d’élever le niveau de la pensée, rationaliser le discours et optimiser l’analyse ?

Glorifier l’islam ne signifie pas attaquer les autres religions, quelles qu’elles soient, ni invectiver leurs symboles sacrés ou outrager leurs dogmes et leurs croyances. Défendre le référent national, bien qu’étant un devoir citoyen, ne donne pas droit non plus aux insultes vis-à-vis des autres obédiences de l’islam, quelles qu’elles soient, même celles qui nous sont théologiquement dissemblables. Toutes les religions doivent être respectées sans exception. De même, tous les courants de pensée de l’islam, ainsi que toutes ses branches et ses voies doivent être révérés et honorés.

En vérité, nous devons œuvrer, à travers nos programmes audiovisuels, en faveur de l’instauration d’une fraternité universelle, tant voulue par l’Emir Abdelkader, fondateur de l’Etat algérien moderne, afin de démentir la théorie du « choc des civilisations » en apportant l’espérance dans le monde et en agissant pour le bien non en s’impliquant dans la division et la discorde qui sont des pratiques contraires à l’enseignement de l’islam, étrangères à nos mœurs et opposées à l’héritage spirituel de nos aïeux. 

Nous pensons qu’il y va de la crédibilité de nos chaînes et plus encore, de l’honorabilité de notre pays, de l’exemplarité de sa diplomatie, de sa place méritée dans le concert des nations et de son respect du droit international en matière de liberté de conscience garantie par la Constitution : " La liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables. La liberté d’exercice du culte est garantie dans le respect de la loi. "(Art. 42). Les chaînes de télévisions sont donc invitées à faire preuve de sagesse et de discernement en offrant un discours modéré à tous les niveaux, en prônant les valeurs d’amour, de paix, de tolérance, et en promouvant le dialogue des religions et la culture du vivre-ensemble.

Tel est le crédo et le code d’éthique que l’ARAV se propose de soumettre aux acteurs de l’espace audiovisuel en guise de plateforme de travail collaboratif impliquant toutes les parties et institutions traitant, directement ou indirectement, du fait religieux. Peut-être parviendrions-nous à préserver le paysage médiatique face à la montée croissante de ce péril planétaire qui menace la sécurité de notre pays et de notre société.

    Autorité de Régulation de l’Audiovisuel